Avec des élèves de troisième secondaire, lors de mon dernier stage, j’ai décidé de lire une œuvre à voix haute. Avec les choix de séries de classes offerts aux élèves et les œuvres parfois peu représentatives de leur réalité, je me suis dit que lire une œuvre à voix haute permettrait à mes groupes de découvrir un nouvel auteur et un nouveau roman. J’ai donc profité de la liberté que me donnait mon enseignante pour garder une séance et demie pour lire Eux de Patrick Isabelle.

Nul besoin de vous rappeler à quel point j’adore le roman de Patrick Isabelle. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Eux est un récit d’intimidation et de vengeance. Ce court livre de 107 pages est narré par un adolescent victime d’intimidation qui décide de se venger. Entremêlé à son récit d’intimidation, des courts paragraphes sur la fusillade que le protagoniste organise nous fait prendre conscience de la violence qui l’habite et qui, selon lui, a été créée par Eux.

Bien entendu, le roman de Patrick Isabelle est très cru. Les passages d’intimidation sont décrits violemment et le langage des intimidateurs et de la victime est assez vulgaire par moments (« osti de fif » et « criss de conne » en sont des exemples). J’ai donc pris le temps d’avertir les élèves avant ma lecture et de leur demander pendant la lecture s’il préférait que j’évite ces sacres. Je suis consciente qu’ils en entendent des bien pires à la télévision et qu’ils en voient des pires sur le net, mais certains élèves plus sensibles auraient pu éprouver un malaise. Mieux vaut être prudent!

L’expérience m’a vraiment satisfaite. Le cours complet que j’ai passé à lire, les élèves sont restés attentifs du début à la fin. Ils réagissaient pendant la lecture et répondaient aux questions que je leur posais. Mon but était bien sûr de leur faire découvrir un roman jeunesse poignant, mais aussi de discuter avec eux d’une thématique qui les rejoint : l’intimidation.

À la fin de la première séance, plusieurs élèves avaient déjà hâte que je leur poursuive la lecture. Certains voulaient même lire la fin chez eux si nous n’avions pas le temps de le faire en classe. L’enthousiasme des élèves face à l’œuvre m’a vraiment réjouie. Enfin, certains voient que la littérature n’est pas toujours « plate », pour reprendre leurs mots.

En offrant des situations de lecture agréables et sans forme d’évaluation, on pourra faire découvrir aux élèves le plaisir de lire. C’est aussi en leur partageant des œuvres plus près de leur réalité qu’ils sentiront que lire n’est pas toujours obligé d’être compliqué. Il existe une foule de romans – jeunesse ou non – qui pourraient se lire très facilement en classe. Pourquoi ne pas ancrer un petit 10 minutes de lecture à voix haute en début de cours ou même un petit quinze minutes par cycle?

« Qu’est-ce qui fait que les enseignants ne lisent plus à voix haute dans leurs classes pour autre chose qu’un roman obligatoire qui sera suivi d’un questionnaire, ou pour évaluer la compréhension des élèves d’un texte lu à l’oral? Peut-on simplement semer le plaisir? » (Propager le plaisir de lire chez les élèves, Sophie Gagnon-Roberge, p.36)

Je vous invite à revoir mon article sur Eux juste ici. J’y partage d’ailleurs une liste de questions à poser à vos élèves pendant votre lecture afin d’animer la discussion. Si vous avez des expériences de lecture à voix haute, j’aimerais bien lire vos témoignages!

 

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