Martin Talbot, éditions Alain Stanké, 2020, 139 pages.

Sa mémoire est pleine. Chaque son, chaque nouvelle expérience, chaque image le ramènent dans le passé. Il se lance alors la mission périlleuse de faire le vide en partageant avec nous 43 souvenirs.

Comme vous pouvez le constater, ce roman est assez particulier. On ne s’attend pas à plonger dans une histoire pleine de rebondissements ou dans un récit linéaire. On suit plutôt un chemin très broussailleux, ayant parfois l’impression de ne pas avancer. Les souvenirs dans lesquels nous plonge le narrateur sont, pour la grande majorité, reliés à son père et à l’absence de relation que le narrateur avait avec celui-ci. On constate que c’est avant tout à cause de celui-ci que le protagoniste est retenu par le passé. On ressent le besoin qu’a le narrateur de passer à autre chose. On comprend que sa quête n’est pas vaine, ce qui rend l’histoire très triste, d’autant plus que ses souvenirs ont tous une part malheureuse, la mort faisant partie de plusieurs d’entre eux.

« À force de repasser dans ma tête mes plus beaux souvenirs de jeunesse, je finis par les user. Ils sont élimés. Je les rapièce pour les faire durer. Je fais du nouveau avec du vieux. J’en profite au passage pour les améliorer – les magnifier. » (Trop-plein, p.31)

Le projet dans lequel se lance le narrateur est très intéressant. Faire la paix avec son passé est une mission qui habite plusieurs d’entre nous. Comme le protagoniste, chacun.e a sa part de malheur, ses expériences épuisantes et obsédantes qui empêchent d’avancer. Malgré sa tristesse, le roman peut donner envie de replonger dans ses propres souvenirs pour en faire le ménage.